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Muhuc, Salupri et les truands


« L’œuvre, finalement n’existe que par son public, encore que le public n’aille à l’œuvre que dans la mesure où l’œuvre a en elle de quoi faire qu’on aille à elle », disait P. Barberis.

Le Salupri de Mourad Zimu a justement de quoi créer la ruée. Mais comment écrire et placer auprès du public un chanteur qui sort son premier album et Qui offre une œuvre déconcerte ?

Il y eut certainement au départ chez Zimu (lire Zimou) le don absolu. En fait, son art est issu de son milieu originel. Les six titres de l’album Salupri – pour ceux qui ont un problème avec la lettre « u », il faut la lire « ou » --, les chansons de ce premier album donc sont d’une sobriété très sophistiquée au point où l’on se demande où commence la création et où finit la technique.

Un style épuré, extrêmement mélodique, débarrassé des habitudes critères de réussite. Zimu élimine toute trace de quincaillerie qu’affectionne la nouvelle génération des chanteurs. Il ne cherche aucun effet gratuit, aucun artifice de vedette , et la voix s’impose parce qu’elle va à contre-courant des clichés du prêt-à-penser. Il faut croire que cet artiste est un adulte adolescent tourmenté, personnage dostoïevskien qui s’emploie à rater sa vie d’artiste pendant que d’autres font la révolution dans leur salon.

Mais l’hôpital des fous où n’entre pas qui se prétend fou ne peut pas produire d’œuvres sages. Il faut parler fous, c’est-à-dire étrangement normal.

Et la sagesse n’est pas une qualité qu’on va trouver dans les chansons de Mourad Zimu. Il semble avoir appris l’art de la rime en même temps que celui de la survie.

Dans un pays où la culture en général et la chanson en particulier s’assimilent à un excèdent de bagages, il y a des vers qu’on écoute en buvant ou qu’on boit en écoutant, et qu’il faut boire et écouter non seulement pour ce qu’ils contiennent mais comme une revanche sur les « zéros » et « les p’tits trous ». Les vers de Zimu sont de ceux-là.

Mourad est venu avec une œuvre qui nous entoure d’un cordon sanitaire pour nous préserver des « mouhouchs » et de leurs « mouhoucheries ».

Critique acerbe, les assises d’une certaine Kabylie, il nous rend compte d’une frange canine qui ne finit pas de déboussoler la société.

Par ces temps de suivisme et d’à-plat-ventrisme érigés en militantisme – que de ismes – Salupri est un modèle rare de déchaînement poético musical et de l’observation.

Construction simple et vers brefs, notations par petites touches de faits et méfaits enregistrés par un regard en apparence candide mais qui opère derrière le rire et la dérision une véritable radioscopie du kabyle à la « derire ».

Une technique propre à l’amant plus déçu que déchu par « Ouezna », un vocabulaire nouveau, comme ce « tizi-ouzoun », d’une justesse provocatrice au service d’une pensée plus « centrée » que « con ».

Dans cette œuvre, Mourad Zimu est en prise directe avec la vie moribonde telle qu’elle n’est … pas perçue par tous les jeunes d’aujourd’hui, et d’évoluer ainsi avec des doutes et des éclats,des délires et des histoires pas du tout surréalistes.

Salupri est un album qu’il ne faut surtout pas écouter parce qu’il peut vous donner l’envie de chanter pour ne plus entendre aucun … aboiement.

Ahmed AMOUR, Journaliste, critique

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